Maïeutique et fibromyalgie

Origine

On attribue à la maïeutique un lien avec l’enfantement, faisant de Maïa une déesse de l’accouchement et des sages-femmes. Maïa, l’une des Pléiades, était mère d’Hermès, lui-même père de Pan, Dieu du Grand Tout, au cœur de la tradition orphique.

Maïeutique Platonicienne et Socratique

En philosophie, le concept de maïeutique est étroitement lié au personnage de Socrate.

Le premier texte de Platon (dans l’ordre chronologique) dans lequel le concept de maïeutique est associé au personnage de Socrate est le Banquet. Socrate qui répète les propos de la prêtresse Diotima affirme que l’âme de chaque homme est enceinte et qu’elle désire accoucher. Or, cet accouchement ne peut se faire que dans la Beauté selon Diotima. C’est justement le rôle du philosophe de faire accoucher les âmes dans la Beauté afin qu’elle donne naissance à des beaux discours et à de belles œuvres.

Le second texte fondamental pour comprendre le statut de la maïeutique chez Socrate est le Théétète de Platon. Socrate s’y présente comme un accoucheur des esprits, ne pouvant s’accoucher lui-même, contrairement à Pythagore, qui s’était affirmé non comme un sage, mais comme un homme aimant la sagesse. « J’ai d’ailleurs cela de commun avec les sages-femmes que je suis stérile en matière de sagesse, et le reproche qu’on m’a fait souvent d’interroger les autres sans jamais me déclarer sur aucune chose, parce que je n’ai en moi aucune sagesse, est un reproche qui ne manque pas de vérité. »

Socrate affirme une inspiration divine, ce qui lui fait dire que ses disciples n’ont jamais rien appris de (lui) et qu’ils ont eux-mêmes trouvé en eux et enfanté beaucoup de belles choses. Mais s’ils en ont accouché, c’est grâce au dieu et à (lui).

Mais Socrate pratique la maïeutique avec toute une série de personnages dans les dialogues présocratiques. Dans le Ménon de Platon par exemple, Socrate fait une démonstration de la pertinence de son questionnement. Il fait appeler un jeune esclave et par questionnement maïeutique l’amène à se ressouvenir du théorème de Pythagore. Le processus est le suivant : accompagnement de la découverte par analogie, révolte du disciple et réfutation des conclusions fausses qui sont « aporétiques » c’est-à-dire des impasses dans le raisonnement (du grec « aporia », impasse, difficultés).

Dans le Phédon, Socrate qui est dans les instants précédents sa mort, traite du lien de la maïeutique avec la réminiscence qui permet au philosophe de se souvenir de ses existences antérieures. Cette conviction permet à Socrate d’aborder la mort du corps avec sérénité. Le processus de la pensée est par analogie et association des Idées, non par référence aux expériences vécues. Ce faisant, il rejoint la démarche pythagoricienne. Sa sérénité est acquise parce qu’il est convaincu qu’il ira habiter les iles des bienheureux (…) et seront honorés par la cité si la Pythie le permet (cf. Allégorie de la caverne).

Dans l’Apologie de Socrate, ce dernier expose sa relation à la sagesse, après avoir indiqué qu’il ne croit pas avoir en lui de sagesse, ni grande ni petite : (…) « je raisonnai ainsi en moi-même : Je suis plus sage que cet homme. Il peut bien se faire que ni lui ni moi ne sachions rien de fort merveilleux ; mais il y a cette différence que lui, il croit savoir, quoiqu’il ne sache rien ; et que moi, si je ne sais rien, je ne crois pas non plus savoir. Il me semble donc qu’en cela du moins je suis un peu plus sage, que je ne crois pas savoir ce que je ne sais point. » (21d-21e).

Ce dialogue de Socrate est néanmoins une œuvre empreinte de la sagesse du rhétoricien face au sophiste, marqué par l’échange avec Melitus qui l’accuse de corrompre la jeunesse en lui enseignant l’athéisme. Socrate le confronte, à force de questions, à ses contradictions. Il parvient à démonter l’argumentation de son accusateur, mais la majorité des onze juges condamnent « le plus sage des hommes. »

Quatre types de relations à la connaissance sont ainsi à prendre en compte :

1. Ce que l’on sait que l’on sait – ou affirmé comme tel. Socrate ici procédait avec son ironie lorsqu’il souhaitait faire passer le message à ses interlocuteurs que ce qu’ils prétendaient savoir ne reposait que sur des préjugés et autres idées sans fondements ; Il peut s’agir ici des faux savoirs…

2. Ce que l’on sait que l’on ne sait pas – application de l’ironie ;

3. Ce que l’on ne sait pas que l’on sait : là s’applique l’art maïeuticien du philosophe ;

4. Ce que l’on ne sait pas que l’on ne sait pas — tout le champ de l’inimaginable par chacun et justifiant l’intervention du philosophe, illustré par l’accompagnement exposé dans l’allégorie de la caverne, du Livre VII de la République de Platon.

Le questionnement maïeutique, associé à l’ironie dite socratique, consiste dans l’accompagnement de la réflexion de son interlocuteur pour lui permettre d’exprimer les idées qu’elle a en propre. Les deux premiers types sont soumis au doute, dans l’idée que :

  • ce que l’on dit que l’on sait, où que l’on sait n’est que croyance
  • et ce que l’on sait que l’on ne sait pas laisse également la porte ouverte aux tromperies

Le scepticisme qui en découle ouvrira également la brèche au doute…

De nos jours

Le terme de maïeutique, laïcisé, englobe généralement les techniques de questionnement visant à permettre à une personne une mise en mots de ce qu’elle a du mal à exprimer, ressentir, ou ce dont elle a du mal à prendre conscience (émotions, désirs, envies, motivation, etc.). Il est ainsi utilisé en lien avec les techniques empathiques développées par Carl Rogers, centrées sur l’affect (écoute active ou écoute bienveillante).

Références Bibliographiques

Platon, Œuvres complètes, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2 vol., n°58 et 64, Paris, 1970-1971

Le Banquet est un texte de Platon écrit aux environs de 380 avant J.-C. Il est constitué principalement d’une longue série de discours portant sur la nature et les qualités de l’amour (eros). Tò sumpósion en grec est traduit traditionnellement par le Banquet ; ce terme désigne ce que l’on appelle aujourd’hui une « réception », une fête mondaine dans laquelle on boit généralement plus qu’on ne mange. Platon, Œuvres complètes, Le Banquet, Volume : vol. 4, 2e partie, Traduction P. Vicaire avec le concours de J. Laborderie, Les Belles Lettres, Collection : C.U.F., Paris, 1989 ; 2002

Théétète est un dialogue de Platon qui doit son nom à un mathématicien contemporain de l’auteur, Théétète d’Athènes. Cette œuvre met en scène également le maître de Théétète : Théodore de Cyrène. Dans ce dialogue, Socrate discute avec Théétète sur le problème de la connaissance. Platon, Œuvres complètes, Théétète Tome 3, classiques Garnier, p.334.

Ménon est un dialogue de Platon, dans lequel Ménon et Socrate essaient de trouver la définition vraie de la vertu, sa nature. Néanmoins, après plusieurs vaines tentatives de réponse, la question qui occupe Socrate et son interlocuteur est mise de côté, au profit de la question, plus générale encore: la connaissance est-elle seulement possible? Et comment? Ménon est un des dialogues de Platon consacrés à la doctrine de la Réminiscence. Platon, Œuvres complètes, Volume : vol. 3, 2e partie. Gorgias. Ménon, traduction Alfred Croiset avec la collaboration de L. Bodin, Les Belles Lettres, Collection : C.U.F., Paris.

Phédon est un dialogue de Platon qui raconte la mort de Socrate et ses dernières paroles. Platon, Œuvres complètes. Phédon, édition de Léon Robin, Belles Lettres (CUF), Paris, 1970 ;

L’Apologie de Socrate : Platon rapporte les plaidoyers de Socrate en trois parties, ayant toutes un lien direct avec la mort. Socrate se défend devant les juges mais aussi devant toute la cité d’Athènes. Il est accusé de corrompre la jeunesse et par la suite de l’amener à renier les dieux de la cité. Platon, Apologie de Socrate. Criton, traduction de Luc Brisson, Flammarion, Paris, 2005 (3ème édition, GF, n°848).

La République (Peri Politeias, ou Politeia) est un dialogue de Platon portant principalement sur la justice dans l’individu et dans la Cité. Il s’agit de l’ouvrage le plus connu et le plus célèbre de Platon en raison, entre autres, du modèle de vie communautaire exposé et de la théorie des Idées que Platon y défend.

C’est dans le Livre VII que se trouve l’allégorie de la caverne. Dans cette allégorie, il présente l’enseignement qui doit être dispensé au philosophe et la difficulté qui existe dans les relations entre apprenants et enseignants.

L’intervention du philosophe, praticien de la maïeutique, n’est dans ce cas pas sans risque lorsqu’il doit faire face à l’ensemble d’une cité, puisque la réaction des groupes dans ce domaines est d’être fermé aux idées démystificatrices (position des prisonniers dans une caverne qui considèrent que celui d’entre eux qui reviendrait avec une meilleure connaissance du monde réel serait atteint de folie et s’il parvenait à semer le trouble quant à la réalité, serait exposé au risque d’être tué… s’ils pouvaient le tenir en leurs mains, que crois-tu qu’ils feraient ?

L’allégorie de la caverne est certainement un héritage de l’enseignement pythagoricien visant à libérer les personnes des croyances qui étaient inculquées depuis des décennies, voire des millénaires de crédulité dans tous les domaines qui pouvaient être approchés de manière scientifique.

Platon, La République. Traduction Georges Leroux, Flammarion, Paris, 2002
Carl Rogers (1902-1987), psychologue humaniste. Son Approche Centrée sur la Personne (ACP) met l’accent sur la qualité de la relation entre le thérapeute et le client (écoute empathique, authenticité et non-jugement).

L’approche centrée sur la personne. Anthologie de textes présentée par Howard Kirschenbaum et Valérie Land Henderson. Lausanne, Ed Randin, 2001, 544 p

La relation Thérapeutique : les bases de son efficacité. Bulletin de psychologie 1963 ; 17 :12-14

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