Les risques et dangers des AINS

Faut-il avoir peur des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) ?

L’inflammation est un processus extrêmement fréquent en médecine expliquant l’utilisation très large des AINS ainsi que leur banalisation excessive (aspirine et ibuprofène en vente libre). Il faut savoir que si cette classe thérapeutique est la classe la plus prescrite au monde, elle est aussi, malheureusement, celle qui génère le plus d’effets indésirables dont certains peuvent être graves.

En 2001, le nombre de prescriptions d’AINS non sélectifs a été en France de l’ordre de 30 millions. Dans le même temps, les inhibiteurs sélectifs de la cyclooxygénase 2 (COX2) ont fait l’objet d’environ 6 millions de prescriptions.

Il faut ajouter à ces chiffres les traitements par aspirine à faible dose qui concernent environ 1,2 million de sujets et l’automédication qui est particulièrement importante dans cette classe thérapeutique. Au total, le nombre de sujets exposés aux effets indésirables est considérable et cela explique que les AINS soient au premier rang de la pathologie iatrogène médicamenteuse. Les prescripteurs doivent être bien conscients de la toxicité des AINS, dont une étude récente montre qu’ils sont au premier rang des médicaments responsables, par leurs effets indésirables, d’hospitalisations en Angleterre.(1)(2)

Aux États-Unis, la mortalité annuelle liée aux complications gastro-intestinales de ces médicaments a été évaluée à 16 500 décès (3) (soit autant que les décès dus au sida), en France on l’estime à 2000 décès/an.

2 mois de traitement AINS en continu vous fait courir un risque de décès de 1/1220 ! L’affaire du VIOXX® montre bien la réalité de ce problème.

Depuis octobre 2005, les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont des médicaments particulièrement surveillés car ils peuvent augmenter les risques d’insuffisance cardiaque, d’hypertension artérielle, de complications digestives et d’atteintes cutanées graves. Afin de tenir compte des nouvelles données cliniques et pharmacologiques, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a demandé en 2006 à l’Agence européenne du médicament (EMEA) une réévaluation du rapport bénéfices/risques de cette classe thérapeutique. L’objectif est d’évaluer précisément et régulièrement ces spécialités pharmaceutiques.

Qu’entend-on par AINS (NSAID en anglais) ?

AI = Anti-inflammatoire

Il s’agit de molécules naturelles pour l’aspirine (acide acétylsalicylique) initialement extraite de l’écorce de saule blanc (Salix) puis fabriquée synthétiquement à doses industrielles et de molécules diverses artificielles à fort pouvoir anti-inflammatoire , c’est-à-dire capable de lutter contre les signes cardinaux locaux de la réaction inflammatoire que sont : rougeur, douleur, tuméfaction, chaleur et les signes généraux qui peuvent l’accompagner (fièvre, sueurs, etc.).

NS = Non Stéroïdien

Ce terme s’entend par opposition aux diverses cortisones, qui présentent un effet anti-inflammatoire puissant mais aussi des effets potentiellement délétères importants (diabète, athéromatose, ostéonécrose aseptique, ostéoporose, cataracte, etc.). Ces différents glucocorticoïdes (prednisone, prednisolone, etc.) sont des hormones dérivées du stérol, alcool polycyclique.

Familles des AINS

Il existe quatre types d’anti-inflammatoires : l’aspirine (autrefois issue du saule), les AINS classiques, les coxibs (AINS sélectifs antiCox 2) et la cortisone (anti-inflammatoire stéroïdiens).

Quels sont les risques des AINS ?

Ils sont multiples mais les principaux et les plus fréquents sont d’ordre digestifs (4)(5) avec risque d’ulcères gastriques ou duodénaux et complications possibles à type de perforations et hémorragies, sans oublier l’intestin (sténose, occlusions, hémorragies). Récemment, l’actualité dramatique des coxibs a mis en exergue les autres risques cardiaques et rénaux (6)(7)(8) spécialement chez les personnes âgées à la fonction rénale précaire. Ces risques sont partagés par tous les AINS sauf le naproxène. Il existe également des risques allergiques, cutanés parfois graves ou neurotoxiques et sensoriels, etc.

La prescription d’un AINS n’est pas une décision anodine, et en marge des interrogations et stratégies de prévention habituelles concernant la toxicité digestive de ces traitements, la prise en compte du risque cardio-rénal devient une obligation.

Les médecins experts

Les médecins sont experts dans l’art d’évaluer le « pour » et le « contre » de telle thérapeutique dans l’intérêt de la santé du patient. En évaluant le rapport risques/bénéfices et dans le respect des recommandations de bon usage de cette classe pharmaceutique édictées par les sociétés savantes et organismes sanitaires d’état ou européens, les risques peuvent en grande partie être prévenus, décelés et réévalués.

Un AINS efficace et non toxique ?

Le Saint Graal de la pharmacologie est la découverte d’AINS non toxiques et la recherche s’oriente vers de nouveaux modes d’actions : Cox-2 sélectifs de 2ème génération, AINS donneurs de NO (monoxyde d’azote), mais il faudra attendre l’épreuve du temps (sous la surveillance constante des centres de pharmacovigilance) et de l’expérience clinique pour savoir si les espoirs actuels se transformeront en réelle avancée thérapeutique. La puissance d’effet des composants naturels, utilisés à dose optimale, alliée à leur excellente tolérance en clinique humaine permet de proposer d’ores et déjà une alternative naturelle anti-inflammatoire crédible et sans danger.

SMI Labrha – 7 novembre 2007

Bibliographie

(1) Pirmohamed M, James S, Meakin S, Green C, Scott AK, Walley TJ et al. Adverse drug reactions as cause of admission to hospital: prospective analysis of 18820 patients. Br Med J 2004; 329:15-9
(2) Bardin T, Lemaire V, Berenbaum F. Anti-inflammatoires non stéroïdiens et cœur. Actualités Rhumatologiques 2006 Elsevier pp : 433-444
(3) Wolfe MM, Lichtenstein Dr, Singh G. Gastrointestinal toxicity of nonsteroidal antiinflammatory drugs.
N Engl J Med 1999; 340:1888-99.
(4) THIEFIN G. Complications gastro-intestinales des anti-inflammatoires non stéroïdiens et de l’aspirine à faible dose. Gastroentérol. clin. biol. 2003, vol. 27, no5, pp. 498-510
(5) Flipo RM, Bertin P. Connaissance par les médecins et les patients du risque de complications digestives des AINS. Presse Med 2003 ; 32 : 4S48-4S52
(6) Valat JP. AINS et complications cardiovasculaires et rénales. La Presse Médicale 2006 ; 35 (hs1) :1S3-1S4
(7) Sibilia J, Deray G, Montalescot G. Que connaît-on de la toxicité cardiovasculaire des AINS ? La Presse Médicale 2006 ; 35 :1S11-1S23
(8) Graham DJ, Campen D, Hui R, Spence M, Cheetham C, Levy G et al. Risk of acute myocardial infarction and sudden cardiac death in patients treated with cyclo-oxygenase 2 selective and non-selective non steroidal antiinflammatory drugs nested case-control study.
Lancet 2005; 365:475-81.
(9) Flipo RM, HéloireF, Deray G. Quelles informations délivrer au patient sur le risque cardiovasculaire et rénal des AINS ? La Presse Médicale 2006 ; 35 :1S69-1S72.
(10) http://afssaps.sante.fr/htm/5/rbp/indrbp.htm (rubrique : « documents et publications, autres documents, RMO, prescription des anti-inflammatoires non séroïdiens »)

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