La douleur provoque-t-elle un décès précoce ?

Par Serge Perrot (Hôtel Dieu, Paris) – Article commenté : Musculoskeletal pain is associated with a long-term increased risk of cancer and cardiovascular-related mortality. McBeth J et al. Rheumatology 2009;48:74–77.

Les auteurs britanniques de ce travail ont cherché à vérifier l’hypothèse d’une mortalité accrue chez les patients douloureux chroniques, en suivant une cohorte prospective de 4 515 adultes. Les patients de plus de 16 ans ont été sélectionnés dans 3 hôpitaux du nord-ouest de l’Angleterre. Après une analyse initiale de leurs douleurs éventuelles dans le dernier mois, les patients ont été suivis entre 1996 et 2005, soit pendant une durée de 10 ans (plus tôt en cas de décès avant 10 ans).

Trois groupes de patients identifiés initialement ont été suivis : patients sans douleur initiale, patients avec douleur localisée et patients avec douleurs diffuses. Les patients ont été stratifiés pour l’âge et le sexe. La mortalité a été recherchée au moyen du suivi des registres régionaux.

Les patients inclus dans la cohorte se sont plaints dans le mois précédant leur sélection de douleurs loco-régionales dans 35,2 % des cas et de douleurs diffuses dans 16,9 % des cas. Après ajustement sur l’âge et le sexe, le suivi des patients à 10 ans a montré une augmentation respective de 20 et 30 % de mortalité dans les groupes ayant eu initialement (en 1996) des douleurs régionales et diffuses, comparativement aux patients n’ayant pas eu de douleurs initialement. Les causes de mortalité spécifiques étaient avant tout les cancers et les maladies cardio-vasculaires. La mortalité par cancer et maladie cardio-vasculaire était plus importante si le nombre de sites douloureux initialement analysés était plus important.

L’étude est en faveur d’une augmentation de la mortalité chez des patients atteints de douleurs chroniques. En fait, il s’agit de patients ayant eu initialement des douleurs, localisées ou diffuses pendant 1 mois, mais on ne peut savoir s’il s’agit de douleurs chroniques, si elles étaient de type fibromyalgique ou d’autres types. Par ailleurs, il s’agissait de patients hospitalisés, donc atteints de pathologies justifiant une hospitalisation, et l’on ne sait pas si le motif d’hospitalisation était la douleur, ou une cause sans rapport. Il est très possible que le stress induit par la douleur puisse favoriser l’émergence de pathologies cardio-vasculaires, voire cancéreuses, mortelles à long terme. Une analyse initiale permettant d’évaluer le facteur confondant de mortalité qui serait l’anxiété, voire un état dépressif, aurait été utile.

De la même façon, des facteurs protecteurs tels que l’exercice physique voire des facteurs diététiques sont probablement en cause et auraient dû être évalués initialement chez les patients. Cette étude suggère que la présence d’une douleur diffuse est un facteur de risque de mortalité à long terme, mais les facteurs confondants permettant d’analyser cette augmentation du risque devraient être recherchés pour mieux comprendre, mais peut-être aussi prévenir ce risque.

Date de publication : 24 février 2009

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*