Coureur à pied et tendons

Il existe autant de tendinites qu’il existe de tendons.
Nous n’énumérerons que les plus fréquentes chez le coureur à pied et envisagerons à chaque fois le traitement à suivre.

1- La tendinite du tendon d’Achille

Beau, grand, courageux, fils d’un roi, Achille est le héros grec par excellence. Demi-dieu, il est quasiment invulnérable depuis que sa mère Thétis l’a baigné, enfant, dans les eaux du Styx. Pourtant, Achille a un point faible : son talon. En effet, les eaux du fleuve n’ont pas atteint le talon par lequel Thétis le tenait. C’est cette faiblesse qui entraînera sa mort. Après une vie de victoires, Achille mourut devant Troie, atteint d’une flèche au talon. Quelques dizaines de siècles plus tard, la tendinite du tendon d’Achille est toujours la première faiblesse au hit parade du coureur.

Le tendon d’Achille est le plus gros et le plus solide tendon de l’organisme. Il relie le mollet à la partie osseuse arrière du pied. Son implication dans le mouvement de la course est primordiale. Il transmet à la fois les forces développées par le mollet et reçoit celles provoquée par l’impact du corps au sol. Il est à ce titre le principal « récupérateur d’énergie » du corps (biomécanique). Ses sollicitations sont énormes et ses pathologies nombreuses.

On distingue plusieurs types de tendinite au niveau du tendon d’Achille :

  • En haut du tendon

La myotendinite : inflammation de la jonction du mollet avec le tendon. Elle survient progressivement à l’effort.
les soins passent par le repos, le port de talonnettes dans les chaussures et un traitement de kinésithérapie.

  • Sur le tendon

La tendinose : usure du tendon. Des fibres du tendon se cassent (le tendon se dégrade), cicatrisent et forment des petits renflements. Le traitement passe dans un premier temps par un repos d’un mois et demi qui va permettre aux fibres lésées de cicatriser. Le port de talonnettes peut aider à soulager le tendon. Ensuite, des soins de kinésithérapie doivent être administrés. Pendant la période de soins, une activité physique modérée peut reprendre si toutefois elle n’engendre pas de douleurs.

La péritendinite : inflammation de la gaine du tendon. Cette atteinte est facilement reconnaissable par le gonflement, la rougeur, la sensation de chaud qu’elle provoque. Le toucher avec flexion-extension du pied révèle un crissement caractéristique. Dès le début de la pathologie, le coureur sent une douleur très importante qui rend rapidement tout exercice impossible. L’arrêt complet et rapide de l’activité est impératif. A cette condition, la guérison pourra être assez rapide. L’utilisation de glace et de talonnettes est conseillée. Le médecin pourra décider d’utiliser des anti-inflammatoires en application.

  • En bas du tendon

La ténopériostite ou enthésite : dans cette pathologie, des cassures du tendon se forment au niveau de son insertion sur l’os arrière du pied (calcanéum). La palpation montre une douleur bien précise sur le bas du talon. L’étirement du tendon est douloureux. Vous ne serez pas surpris d’apprendre qu’un repos d’au moins un mois et demi est nécessaire pour permettre la cicatrisation des fibres.

Les bursites : inflammation des bourses séreuses – petits sacs qui permettent de faciliter le coulissement du tendon -. Généralement ces sacs se trouvent entre l’os et le tendon. Une trop forte sollicitation du tendon aboutit à une augmentation du volume de ces bourses qui s’accompagne de douleurs. Celles-ci sont ressenties sur les côtés du tendon. Comme pour toute inflammation, le traitement passe par le repos, l’application de glace et la prescription d’anti-inflammatoires par le médecin.

2- La tendinite du tenseur du fascia-lata ou syndrome de l’essuie-glace : à l’extérieur du genou

Deuxième au palmarès des tendinites, cette pathologie touche surtout les coureurs sur route et qui plus est ceux dont le déroulement du pied se fait sur l’extérieur (supinateurs). Le tendon fascia-lata est une longue bande tendineuse qui s’insère au niveau de la hanche et vient se fixer sur la partie supérieure et externe du tibia. Son trajet longe la face externe de la cuisse.

La tendinite est due à une friction de ce tendon sur la face externe du genou lors de la flexion et de l’extension de la jambe sur la cuisse. La sensation est semblable à celle du mouvement d’un essuie glace, on sent sous la peau le tendon bouger latéralement. Ce frottement du tendon sur une saillie osseuse induit des lésions des fibres tendineuses.
Cette tendinite est favorisée par tout ce qui induit une tension importante de la chaîne musculaire externe de la cuisse. Parmi les facteurs externes citons la course sur un terrain instable ou bombé et les descentes.

Cette douleur peut rapidement augmenter et être ressentie même pendant la marche. Le traitement est à base de repos, de glaçage, d’étirements et d’anti-inflammatoires. Une thérapeutique de fond peut être entreprise visant à corriger un éventuel déroulement trop important du pied sur l’extérieur (supination) et à augmenter la souplesse des muscles de la cuisse.

3- La ténosynovite du jambier antérieur : en avant de la jambe jusqu’au coup de pied

Quel nom compliqué, mais rassurons-nous, l’explication est plus simple. Rappelons-nous que « téno- » renvoi à tendon, « syno- » renvoi à ce qui prend l’ensemble, ce qui fait le tour (gaine) et « -ite » est réservé à tout ce qui est de l’ordre de l’inflammation. Le jambier antérieur est le muscle se trouvant sur la face avant de la jambe. C’est principalement lui qui permet de relever le pied.
La tendinite de son tendon provoque gonflement, rougeur, chaleur et douleur. La palpation révèle un craquement lors de la mobilisation du pied. Outre une surcharge d’entraînement, cette tendinite peut être simplement due à un laçage trop serré de la chaussure. Si le problème est pris au sérieux dès l’origine, quelques jours de traitement à base de glace, de repos jusqu’à disparition de la douleur et d’anti-inflammatoire peuvent suffire. N’oublions pas non plus d’essayer de desserrer nos chaussures.

4- La ténosynovite du jambier postérieur : à l’intérieur de la cheville

Outre l’extension du pied, le jambier postérieur agit au niveau de la voûte plantaire. Il a un rôle de soutien et de creusement de cette voûte du pied. Son tendon passe derrière la malléole interne du pied (articulation interne de la cheville) et s’insère sur le bord interne du pied. La douleur issue de son inflammation est sensible, sur la face interne du pied, à chaque appui au sol. Cette pathologie se produit principalement chez les coureurs qui ont une faiblesse de l’arche plantaire (« pieds plats », coureurs souvent pronateurs, c’est-à-dire qui déroulent sur l’intérieur du pied).

Le traitement suppose un arrêt impératif sous peine de rupture du tendon. Sinon la thérapie reste classique : glace, anti-inflammatoires en application et pas en infiltration. Un traitement de fond visant à faire réagir l’intérieur du pied (voir un podologue pour une éventuelle pose de semelles), à modifier la technique de course et à améliorer la souplesse notamment de l’arrière des cuisses peut être entrepris.

5- Aponévrosite plantaire : sous le pied

L’aponévrose plantaire fait penser à un hauban dont la base est insérée sur la partie inférieure et interne du calcanéum (sous le pied, à l’intérieur) alors que les extrémités rejoignent les os situés à l’avant du pied (métatarsiens). Elle participe, au même titre que le jambier postérieur, au maintien de la voûte plantaire. Elle s’insère sous le talon et revient rejoindre les orteils. La douleur liée à cette tendinite se manifeste sous la plante de pied, principalement à la base interne du talon. On retrouve les même origines que celles évoquées précédemment à savoir une sollicitation trop importante de la voûte plantaire due à des chaussures mal adaptées, à une fatigue trop importante, à un sol trop dur…. Le traitement est éminemment classique : repos (pouvant aller jusqu’à 2 mois), glace, anti-inflammatoires, massages et étirements.

6- Tendinite du tendon rotulien et du tendon du quadriceps : au niveau du genou

Tendon rotulien et tendon du quadriceps assurent la relation entre la grosse partie charnue située sur l’avant de la cuisse (le quadriceps) et la jambe. Ces tendons s’insèrent sur le haut du tibia en passant – non pas par la Lorraine – mais par-dessus la rotule du genou. Son inflammation est favorisée par tous les exercices provoquant des tensions importantes du quadriceps : courses effectuées sur terrains vallonnés, montées, descentes, bondissements, exercices de musculations tels que les squats… Une anatomie de type « jambes en X » peut également être un facteur favorisant. La douleur qui accompagne la tendinite du tendon rotulien apparaît sous la rotule (genou). Les soins ne nécessitent pas forcément un repos complet. Une activité physique peut continuer si elle n’engendre pas de douleurs. Sinon, les étirements et les soins de kinesthésie permettent de supprimer la pathologie.

7- Tendinite du moyen fessier : à l’extérieur de la hanche

Les fessiers constituent la partie charnue de notre postérieur. Le moyen fessier a principalement un rôle de maintien du bassin dans son axe horizontal. A chaque appui, sa contraction permet d’éviter un abaissement marqué du côté porteur. Cette pathologie est assez fréquente chez les athlètes effectuant un grand volume de travail (coureurs de longues distances). L’inflammation de ce tendon provoque une douleur sensible sur le côté externe de la hanche. La douleur est ressentie à chaque contraction c’est à dire à chaque fois que le pied est posé au sol. Traitement classique (kinésithérapie, étirements, repos long) avec en plus une recherche sur le positionnement du bassin et la longueur des membres inférieurs qui en résulte.

Comment prévenir les tendinites

La prévention passe par l’évitement des facteurs favorisants. Si certains facteurs comme le froid, un sol dur, un entraînement provoquant de l’acidité… ne peuvent être systématiquement évités, nous avons au moins la possibilité de respecter certains conseils pratiques.

  • Dans les heures qui précèdent et qui suivent l’exercice

Favoriser une alimentation combattant l’acidité (légumes, yaourt, pomme de terre, fruits secs) et éviter les sucreries (pâtisseries, sodas), les aliments gras, la viande, les œufs et les agrumes.

  • Le plus souvent possible

Favoriser les exercices, visant à augmenter la souplesse et la sensation corporelle (proprioception) des tendons et principalement du tendon d’Achille, assure une prévention de choix contre les tendinites ( les étirements). Boire à petites doses sans attendre la sensation de soif.

  • Après une séance acide

Effectuer immédiatement une récupération active de 5 à 10 minutes. Une ventilation profonde peut être associée à ce footing. Boire quelques centilitres d’eau riche en bicarbonates (St Yorre) dans les minutes qui suivent l’exercice puis s’hydrater avec de l’eau plate. Prendre du temps pour effectuer une séance d’étirements doux. Prendre une douche assez rapidement.

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