Arthrose et cuivre

Le cuivre au service des rhumatisants

Le cuivre – Symbole Cu – (latin : cyprium, bronze de Chypre), est un oligoélément indispensable à la vie des hommes et des animaux. Les oligoéléments (OE) sont des éléments traces, c’est-à-dire présents en très faible quantité dans l’organisme. Ils représentent moins d’1 % du poids total du corps humain, mais ils sont indispensables à la vie. Les oligoéléments sont des micronutriments non synthétisés par l’organisme. Pas moins de 25 minéraux sont importants pour la santé et sont la cause de pathologies en cas de carence et parfois d’intoxications en cas d’excès aigu ou chronique.

En effet, ils participent au fonctionnement de nombreuses enzymes : synthèse protéiques, hormones. Leurs carences sont responsables de maladies graves, comme la Maladie de Menkès, Kwashiorkor pour le cuivre, anémie et manque de fer, hypothyroïdie et déficit en iode, carence en zinc et diabète, etc.

On classe les OE en métaux, métalloïdes (semi-métaux), et non métaux (Iode, O2, N, S, Br, etc.) :

Parmi les métaux et métalloïdes, on peut citer bien sûr le cuivre, indispensable à la synthèse de l’hémoglobine (protéine permettant le transport de l’oxygène dans le sang), mais aux multiples autres propriétés antirhumatismales bien connues depuis l’Antiquité, anti-oxydantes, anti-infectieuses, etc., le Cobalt, le Chrome, le Fer, le Fluor, le Nickel, le Manganèse, le Sélénium, le Silicium, etc. Le rôle des non-métaux est de se comporter comme des oxydants (capteur d’électrons) dans les réactions chimiques.

Rappel historique :

Le cuivre est un métal rouge brun. C’est le premier métal travaillé par l’homme, découvert à partir des pierres « autour du feu », dès -5000 ans en Anatolie et conjointement en Égypte. La diffusion en Europe de la métallurgie du cuivre s’est faite en 2 temps : -4000 ans via l’Europe centrale (Bulgarie, Balkans) jusqu’en Suisse, ensuite il y a -3000 ans par voie maritime en méditerranée occidentale puis le Nord de l’Europe. En Inde, elle est apparue en -2500 ans et en Amérique les civilisations précolombiennes l’ont développé jusqu’au 16e siècle à l’arrivée des Conquistadors.

L’âge du cuivre correspond au chalcolithique (-2500 à -1800 ans) des préhistoriens où la pierre et l’os côtoient les premiers outils, poteries et bijoux en cuivre. À cette époque essentielle de l’histoire de l’humanité, l’homme fabrique des bracelets aux pouvoirs symboliques et médicinaux puissants. De nombreux vestiges archéologiques attestent de l’omniprésence de bracelets de cuivre aux vertus bénéfiques dans les civilisations Égyptienne, Chaldéenne, Grecque, Romaine.

À l’ère de la médecine moderne, il a été prouvé que l’oxydation cutanée du cuivre magnétisé favorisait le passage transcutané puis systémique (dans la circulation sanguine) de ce métal aux puissantes propriétés anti-inflammatoires expliquant l’effet bénéfique sur les douleurs de l’arthrose.

Docteur W.R. Walker, Université de Newcastle, Australie

Le cuivre, modes d’action

Notre corps en contient un peu moins d’1 gramme et pourtant cet oligoélément essentiel intervient dans le développement et l’homéostasie de l’organisme. Il participe à de très nombreuses réactions chimiques et enzymatiques (co-facteur).

  • Son pouvoir anti arthrosique connu depuis l’Antiquité est lié à son effet anti-interleukine 1 (messager inter et intracellulaire impliqué dans les phénomènes inflammatoires et de destruction osseuse et cartilagineuse).
  • Son action chondromodulatrice, protectrice des cartilages articulaires, est possible par l’augmentation de la synthèse du collagène due à l’activation des lysyls oxydases.
  • Son action anti-oxydante puissante, s’exerce par le biais de la superoxydismutase (Cu-Zn-SOD1 et 3). Le cuivre élimine ainsi les dangereux radicaux libres, déchets toxiques produits lors des réactions chimiques de l’organisme.

Mais le cuivre intervient également dans le transport de l’O2 dans le sang (synthèse de l’hémoglobine), la respiration cellulaire par la synthèse des cytochromes, la minéralisation osseuse, la neurotransmission, les défenses immunitaires et infectieuses.

Le cuivre, les besoins, les sources

Les besoins journaliers sont de 1,5 à 3 mg chez l’adulte (US Food and Drug Administration: FDA, Estimated Safe and Adequate Daily Dietary Intake: ESADDI). L’absorption de cet oligoélément varie selon les individus mais est aussi influencée par les apports en Zinc et les carences protéinées (malnutrition, alimentation parentérale prolongée).

Les sources alimentaires de ce métal-trace, non fabriqué par le corps humain, sont le foie, les céréales entières, le cacao, les fruits et légumes, les crustacés (huitres), le lait de vache (bien moins que le lait maternel) et certaines eaux minérales ainsi que le vin rouge en consommation raisonnable. Ainsi, nous mangeons et buvons du cuivre chaque jour sans le savoir et notre corps en a besoin.

Manger varié ne suffit pas pour éviter les carences : le calcium, la vitamine C, le fer, les sucres rapides (aliments sucrés) peuvent diminuer son absorption intestinale.

Le cuivre, le pourquoi des bienfaits de la supplémentation

La tendance dans les pays industrialisés est à une légère déficience en cuivre. Une étude réalisée aux USA, Grande Bretagne, Belgique et Canada a montré que la consommation de cuivre est dans 61 % des cas inférieure à 1,5 mg par jour et dans 30 % cas < 1 mg/j.

La déficience modérée en cuivre est fréquente : 30 % dans la population Française. Elle est également trompeuse, car cliniquement asymptomatique. La déficience en cuivre serait un facteur de risque des maladies cardiovasculaires, qui altère l’immunité, favorise les altérations osseuses, cartilagineuses et tendinomusculaires.

La forte déperdition en cuivre par la sueur est une cause méconnue de carence cuprique, notamment chez les sportifs, expliquant la fréquence de survenue de douleurs articulaires, fractures de fatigue, claquages et tendinites.

Compte tenu de l’état des connaissances actuelles sur ce sujet, la supplémentation en cuivre dans les compléments alimentaires est très souvent recommandée et a lieu à très petite dose (1 à 2 mg par jour), très loin des doses toxiques (35mg/j soit 0,5 mg/kg/j pour un Adulte de 65 kgs). Une dose mortelle serait de 15 mg /kg et /jour, soit pour un adulte de poids moyen de 65 kg, il faudrait ingérer 975 mg de cuivre !

Il n’existe pas de maladie professionnelle dans l’industrie du cuivre. Au contraire, les propriétés antifongiques et bactéricides reconnues du cuivre le font utiliser pour assainir les canalisations d’eau, de la distillation des alcools et la viticulture ainsi que l’agriculture biologique (bouillie bordelaise).

Le cuivre, pharmacocinétique, dosages

L’absorption intestinale dépend de chaque individu et de nombreux autres oligoéléments (Fer, Mn, Zn), mais aussi de la vitamine C, du calcium, du statut protéique… Seulement 25 à 60 % du cuivre ingéré est absorbé par voie digestive et passe dans la circulation générale. Le cuivre est transporté à 90 %, lié à la coeruléoplasmine puis stocké dans le foie, le système nerveux central, les muscles, les os, les hématies et les reins. La demi-vie sanguine est de l’ordre de 13 à 33 jours. L’excrétion est biliaire à 90 % environ, et faiblement rénale (3 %) et assez fortement sudorale lors des exercices physiques et du travail à la chaleur mais aussi marginalement salivaire.

Les dosages du cuivre sanguin et urinaire

Le dosage du cuivre se fait dans le sang (cuprémie) et les urines (cuprurie) ou par son transporteur hépatique la coeruloplasmine (glycoprotéine appartenant au groupe des protéines alphaglobulines sériques). Ces dosages ne sont pas de pratique courante en milieu médical. En effet, de nombreux facteurs viennent influencer les résultats (grossesse, traitement oestrogénique, contraceptifs oraux, hyperthyroïdie, hémochromatose, infections, pathologies hépatiques…). Les concentrations plasmatiques et urinaires sont soumises à un rythme circadien. La cuprémie est habituellement comprise entre 64 et 156 µg/dl, les valeurs normales de la coeruloplasmine varient entre 180 et 400 mg/l.

Les contaminations métalliques étant le principal écueil lors de l’analyse des éléments traces, il est nécessaire de prendre certaines précautions lors du prélèvement (aiguille, tubes, bouchons, antiseptiques…) et de l’acheminement (conservation, transport) au laboratoire. Il est primordial que le médecin prenne contact avec le laboratoire effectuant l’analyse afin de se faire préciser les procédures de prélèvement et d’acheminement et les pièges à éviter.

Dans tous les cas, les prélèvements doivent être réalisés en dehors des locaux de travail , au mieux après une douche et au minimum après lavage des mains pour limiter le risque de contamination, et par un laboratoire participant au contrôle de qualité pour cet élément trace.

Le cuivre, carences, excès

La carence profonde en cuivre est responsable de maladies graves, mortelles en absence de correction du déficit.

  • Le Syndrome de Menkès

Maladie héréditaire, estimée à 1 pour 250 000 naissances, dont la transmission se fait suivant le mode gonosomique (lié à l’X) récessif (pour que l’enfant ait la maladie, il est nécessaire que les deux parents portent l’anomalie génétique sur un chromosome sexuel). L’anomalie chromosomique a été localisée sur le chromosome X. et plus précisément en X.q.13. Elle est à l’origine d’un transport inadapté du cuivre se faisant par l’intermédiaire d’une protéine à l’intérieur des cellules. Ceci altère la fonction d’une enzyme destinée au fonctionnement du cuivre dans l’organisme. Ce dysfonctionnement est à l’origine des symptômes de la maladie. Un scientifique du nom de Danks avait remarqué que les enfants atteints de cette maladie présentaient des cheveux décolorés, de la même couleur que la laine des moutons élevés en Australie sur les sols contenant une faible teneur en cuivre.

Une intoxication aiguë se traduit par des diarrhées hémorragiques, vomissements de couleur bleue (sels cuivriques) et une anémie hémolytique.

Une intoxication chronique peut résulter d’un apport en cuivre quotidien trop élevé supérieur à 0,5 mg/kg/j comme on peut le voir dans la Cirrhose Indienne due à la cuisson dans des récipients de cuivre.

  • La maladie de Wilson

Cette maladie est héréditaire autosomique récessive (il est nécessaire que les deux parents portent l’anomalie chromosomique pour que l’enfant ait la maladie), et résulte d’un défaut génétique d’excrétion biliaire, l’anomalie est située sur le chromosome 13 (13q 14). La coeruloplasmine fixe normalement le cuivre de l’organisme et permet son élimination. Dans la maladie de Wilson, il semble exister une insuffisance de fabrication de cette protéine, ou encore une affinité pour le cuivre particulièrement importante des protéines des différents tissus de l’organisme, en particulier du foie. Ceci entraîne une élimination accrue du cuivre au niveau des urines (hypercuprurie).

Le cuivre en rhumatologie

Mais le cuivre n’est pas uniquement efficace en prévention, il agit aussi directement dans les cas de pathologies avérées surtout dans l’arthrose. Cette maladie se caractérise par une destruction des cartilages, qui s’accompagne de réactions osseuses (ostéocondensation et ostéophytose, les « fameux becs de perroquet ») et synoviales à type d’inflammation locale entretenant les processus destructeurs cartilagineux induits par les métalloprotéases (enzymes) et l’interleukine 1 (cytokine).

Or, le cuivre, comme expliqué précédemment, agirait en enrayant le processus inflammatoire (anti-IL1), et en augmentant la quantité d’antioxydants par son action CuZN-SOD1-3. De plus, il favorise la réparation du cartilage via la synthèse de collagène.

Cet oligo-élément a montré dans une vaste étude prospective contrôlée, randomisée, en double insu contre placebo, impliquant plusieurs centres hospitaliers et Universitaires Français (CHU) coordonnée par le Professeur B Mazières (Toulouse) qu’il réduisait la douleur à l’effort de 30 % (p = 0,02) dès le premier mois de traitement chez des patients gonarthrosiques (arthrose du genou) (n=102) versus placebo (n=109) et jusqu’à 50 % au bout de 4 mois. Or, il possède l’avantage d’être bien toléré par l’estomac, ce qui n’est pas forcément le cas des anti-inflammatoires couramment utilisés contre l’arthrose.

« Une personne souffrant d’arthrose peut être comparée à un naufragé mourant de soif. Le naufragé a besoin d’eau, et la personne qui souffre, de cuivre. », Docteur W.R. Walker, Université de Newcastle, Australie.

SIM (Service d’Information Médicale) Labrha

One Response to “Arthrose et cuivre

  • Bonjour,
    J’ai lu votre article et comme souffre d’une gonarthrose avancée et j’ai été opérée par le Docteur Assor qui pratique une médecine nucléaire PRP, Cellule souche microforage de l’articulation en juillet 2016. Tout cela, dans le but d’éviter la prothèse. Il se trouve que l’arthrose a continué d’évoluer et on me parle aujourd’hui de prothèse car mon articulation présente aussi un varus de 6 °.

    Pensez-vous qu’il me reste encore la possibilité avec un traitement de fer de reconstituer le cartilage et seriez vous en me mesure de me conseiller un médecin, institut du genou qui saurait me prendre en charge pour un tel traitement ?

    Je vous remercie de votre réponse

    Cordialement

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