Les AINS : dangers des anti-inflammatoires non stéroïdiens

Les AINS sont responsables, chaque année en France, de plus de décès que le SIDA !

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont des médicaments très fréquemment prescrits pour soulager les douleurs en particulier rhumatismales (arthrose, tendinites, polyarthrites…), sans oublier l’aspirine qui est un AINS et qui à faible dose est utilisée contre l’agrégation des plaquettes (fluidification du sang et prévention des accidents cardiovasculaires). Par ailleurs, certains AINS peuvent être obtenus en France sans ordonnance car ils sont proposés à dose faible comme de simples antidouleurs (antalgiques). Or, il s’agit de médicaments qui génèrent de nombreuses complications. On estime que les AINS représentent 3 à 5 % des médicaments prescrits par les médecins, alors qu’ils sont à l’origine de 20 à 25 % des accidents liés aux médicaments !

Les risques digestifs sont classiques, bien connus… mais encore volontiers sous-estimés

Beaucoup connaissent la survenue possible sous AINS de douleurs abdominales, de douleurs ou brûlures épigastriques, nausées… appelés médicalement « dyspepsie ». Ces symptômes sont fréquents (10 voire 20 % des sujets), mais ne sont pas toujours associés à une complication digestive grave notamment un ulcère de l’estomac.

La fréquence des ulcères gastroduodénaux sous AINS est de l’ordre de 20 % après 3 mois de traitement quand on réalise un examen fibroscopique. Ces ulcères sont dans la très grande majorité des cas non symptomatiques. Toutefois, dans 1 à 1,5 % des cas, ils peuvent se compliquer soit d’une hémorragie digestive (saignement), soit d’une véritable perforation de l’estomac. Ces dernières complications peuvent être redoutables et mortelles. On estime que les AINS sont ainsi responsables de près de 1 000 à 1 500 décès par an d’origine digestive en France (ce qui serait supérieur aujourd’hui au SIDA et à certains cancers !).

Il faut savoir que certains sujets sont particulièrement concernés par ces risques digestifs des AINS. On parle de sujets « à risque ». Il s’agit en particulier des sujets âgés (dès 60 ans et surtout à partir de 65 ans) et de tous ceux qui ont fait déjà un accident sous AINS. Il existe toutefois des traitements préventifs comme les inhibiteurs de la pompe à protons. Plusieurs études scientifiques montrent toutefois que ces médicaments protecteurs ne sont pas prescrits même chez des sujets à risque digestif élevé. Les AINS dits sélectifs anti-Cox2 (coxibs) ont un risque digestif moindre, mais on observe encore de nombreux accidents (la diminution de la fréquence des complications étant de l’ordre de 50 % comparativement aux AINS dits classiques).

Ainsi, avant de prescrire (et de prendre un AINS), il est toujours nécessaire de bien évaluer les avantages et, d’un autre côté, les risques en particulier digestifs.

Des risques cardiovasculaires qui ont fait la une de l’actualité !

Certains risques cardiovasculaires sont bien connus et de longue date comme le risque de rétention hydrosodée et donc d’une possible prise de poids, apparition d’œdèmes des membres inférieurs, voire augmentation des chiffres de la pression artérielle et, plus grave, la possibilité d’une poussée d’insuffisance cardiaque. Les AINS peuvent aussi altérer le bon fonctionnement des reins et de temps en temps conduire à une insuffisance rénale. Là encore, il s’agit surtout de sujets dits à risque : sujets âgés, déshydratés, prenant des médicaments diurétiques…

Mais ce sont les risques d’infarctus du myocarde qui ont fait il y a quelques années à peine la une des medias. Un médicament a été particulièrement accusé : le rofecoxib. Aujourd’hui, il semble toutefois que tous ou presque tous les AINS sont susceptibles d’augmenter le risque d’infarctus du myocarde. Les raisons sont complexes et pour certaines encore méconnues. Ainsi, les autorités de santé notamment françaises ont rappelé des recommandations de bon usage des AINS avec des précautions d’emploi chez les sujets à risque cardiaque (éviction chez les sujets ayant des antécédents d’infarctus du myocarde, une angine de poitrine non stabilisée, des facteurs de risque cardiovasculaires importants…).

De nombreux autres effets indésirables possibles…

La liste des effets indésirables des AINS est longue, mais certaines complications sont rares voire exceptionnelles. On peut toutefois signaler des risques d’allergie cutanée et la possible survenue d’hépatites médicamenteuses.

Conclusion

Si la prescription d’un AINS est quasi quotidienne pour un médecin notamment généraliste, a fortiori un spécialiste comme le rhumatologue, il ne s’agit pas pour autant d’une prescription facile, banale… et surtout sans risque. Les autorités de santé françaises et internationales ont rappelé les règles de bonne prescription de ces médicaments. Il est toujours essentiel de bien évaluer ce que l’on appelle le rapport bénéfices/risques. On doit toujours être attentif aux facteurs de risque susceptibles de favoriser un accident digestif et/ou cardio-rénal. Des stratégies de prévention existent comme le choix de la molécule, le recours à la dose la plus faible possible, les traitements de courte durée… et sur le plan digestif l’association de traitements gastroprotecteurs.

Pr. René-Marc FLIPO
Service rhumatologie CHU Lille

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